Le corps des femmes : la descente d’organes

 

fleurs branche

 

J’ai découvert que la descente d’organes était un tabou.
C’est particulier, tout de même : une femme sur deux est concernée, et personne n’en parle. J’ai raté quelque chose ? Sans doute. Je passe régulièrement à côté des tabous, c’est un art chez moi.

Je sors donc d’une descente d’organes. La douleur est épouvantable – mais pas insupportable, c’est-à-dire que je connais bien pire jour après jour. La sensation de descente est par contre très angoissante. Ce que je retiens, c’est cela, la sensation. Ce mouvement, cette chute interne qui donne l’impression qu’on ne remontera jamais, qu’on est pris dans la rotation de la planète, que c’est irrémédiable et qu’on va sombrer avec elle. Cette lourdeur ma accompagnée la première nuit et il me semblait que je n’échapperais pas à cette fuite de mon corps vers l’air libre. Un isolement prêt à se rompre qui se resserrait sous mes mains. Je me suis demandé ce que j’étais prête à perdre, .

Je n’étais prête à rien, j’ai demandé à mon corps de se réparer. De maintenir son espace.

C’est arrivé à la suite des six heures assise dans l’herbe, c’est arrivé parce que j’en ai demandé trop à mon corps, c’est arrivé parce que j’ai une maladie où les muscles lâchent pour un oui ou pour un non. Cela survient chez les femmes qui font un effort trop grand, qui restent des journées debout sans se poser, ou fragilisées par un accouchement, cela aurait pu se produire en dehors de ma maladie. Je n’y avais juste jamais songé. Ni au 45% des femmes qui y sont confrontées, ni au fait qu’avec ma maladie je devais moi, être assez proche du 90%. Je ne pense jamais à ce qu’il pourrait m’arriver, et c’est peut-être un tort ou peut-être pas : je ne compte pas m’empêcher d’avoir une vie.

Je dis « je sors » et c’est faux, j’y suis encore mais je vais mieux. Les organes sont remontés, ils ont juste tendance à vouloir redescendre un peu lorsque je reste debout ou que je ne m’allonge pas suffisamment longtemps. Mais c’est en train de rentrer dans l’ordre, je dois juste continuer à prendre soin de mon corps, de moi.
Que ça soit aussi bien remonté, ma Doc était impressionnée. Comme c’est une personne ouverte et formidable, j’ai pu lui dire, ce que j’avais fait : j’ai contacté une amie. Et cette amie, je la lui ai présentée comme étant magnétiseuse, elle est en vrai une sorcière – faute d’autre mot adéquat. Elle a complété le travail que j’avais bien entamé sur moi, mais qui est un peu plus difficile sur soi – surtout lorsqu’on est fatiguée. Je suis soulagée de m’en sortir aussi bien. Malgré tout, je dois continuer à rester au calme parce qu’elle sentait que tout n’était pas remis en place encore. Sur la voie, mais pas terminé.

C’est compliqué avec deux enfants, d’être allongée toute la journée depuis samedi. Cela commence à faire long, pour eux, pour mon mari, pour moi – d’ailleurs je suis assise présentement et ce n’est guère raisonnable. J’ai souvent l’impression de ne rien faire dans la maison tant je suis vite épuisée, pourtant chaque fois que je ne peux plus rien faire, cela se voit. LeChat se fatigue beaucoup, mais il tient avec ses vacances qui approchent – ce qui me fait me demander.. pourrais-je prendre la voiture bientôt.. ?

En attendant, j’ai une vie très différente de ce que je connais habituellement ; je lis deux livres par jour, je me repose, je me recentre. J’apprends, dans le même temps, une vie plus tranquille : nous faisons l’IEF depuis le canapé, nous lisons des histoires toute la journée, et je regrette que depuis cette fenêtre il n’y ait que des voitures à regarder, j’aurais préféré un beau paysage où méditer.
Tout tourne autour de ce ventre, de ces organes qui ont trouvé soudain la vie trop lourde à porter, de ces muscles qui me mènent si souvent la vie dure. Passé les premiers jours où j’avais une mine épouvantable, je n’ai jamais, jamais, eu une tête aussi reposée depuis que j’ai des enfants. Et je suis heureuse de voir que je peux encore avoir un visage reposé, que mon corps en connait le chemin. Que je peux avoir autre chose que le visage d’une personne au bout d’elle-même.

Je me dis que je vais lire plus souvent. Du coup ^^

PS : cela reste pénible, je ne voudrais pas donner à penser à une simple succession de journées à lire : porter mon assiette vide de la table au lave-vaisselle redéclenche la descente des organes. Rester allongée est du bon sens, j’en profite pour me recentrer.

14 thoughts on “Le corps des femmes : la descente d’organes

  1. Je suis surprise, une femme sur deux! On en entend si peu parler. Ravie de savoir que tu en sors!
    Je suis intriguée, ton amie sorcière vit dans quel coin? c’est que… j’aurais besoin d’un peu de magie.

    1. J’ai été très surprise également (information trouvée sur le net, et confirmée par mon médecin)..
      Du côté de Paris 🙂 Quel est ton besoin exact ? (si tu veux discuter par mail, tu me dis ?)

  2. C’est incroyable, on n’en entend pas du tout parler alors même que ça touche beaucoup de femmes. Il faut croire que ça n’intéresse pas…
    Se reposer, je crois que c’est la ligne directrice et prendre soin de soi (on a l’impression de le faire ou bien on se dit que ce n’est pas une priorité et on oublie à quel point notre vie – santé est importante).
    Affectueuses pensées.

    1. J’avoue, je peine à comprendre. D’après ma Doc, ça tient au fait que les femmes ne se plaignent pas facilement côté douleur.. je ne suis pas certaine que cela soit uniquement ce qui soit en jeu. Pour l’instant, ça m’échappe encore. Trop intime ?
      Merci 🙂 C’est étrange, c’est arrivé à un moment où justement, je reprenais du temps pour moi, je refaisais attention à moi. J’imagine que cela veut dire qu’il était vraiment temps..
      Des bises Dame Marie 🙂

  3. Heureusement que je suis assise. Cette histoire de descente d’organes, c’est un coup à se retrouver sur le postérieur en un battement de cil… Courage, courage ! Plein d’ondes positives, à défaut de mieux 🙂

  4. C’était donc cela le ventre qui s’arrondissait :-/ J’espère que la rééducation sera suffisante.
    Je ne crois pas un seul instant que le tabou soit lié au fait que les femmes se plaindraient moins de la douleur… c’est davantage une question d’image je pense.

    1. J’espère aussi. La Doc avait 48h, j’y suis et ce n’est pas terminé. Mais je pense que ce sera bon, chaque jour c’est plus « solide » (le soir c’est moins flagrant ^^).

      Oui je pense. Je me dis que l’intimité étant touchée (ventre, vagin, etc), on doit s’approcher d’une certaine honte (déplacée. Le cas de le dire).

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