Les intérieurs abîmés et les intérieurs chats

J’ai la sensation d’être en désordre.
Je suis comme malade dans la tête et cela rejoint le corps d’une manière si peu agréable, je suis écœurée de fatigue. Mes pensées se désorganisent à en être comme immobiles de chagrin. Prince a une violence en lui qui me fait peur. Pas maintenant, elle ne me fait pas peur maintenant elle me fait peur demain. À tous les demains qui arrivent et deviendront des instants présents où il se cogne contre les murs. Qu’est-ce qu’on fait de ça. J’ai pleuré hier soir dans les bras de l’homme que j’aime, tout ce que j’avais en moi de déchirure. J’ai fini d’admettre que les crises de mon fils provoquent en moi, eh bien, des crises. J’ai ce besoin de hurler qui éclot en moi, je me sens enfermée, comme enfermée à lacérer les parois et hurler hurler alors je me sauve je pars je quitte la pièce je tente de nous garder en sécurité, chacun en sécurité, je suis terrifiée par ce besoin de hurler et tout mettre en pièce chaque fois que cet enfant hurle et se frappe contre le mur.
Il s’est blessé, il a lacéré sa peau. Ne s’est rien cassé, finalement.
Dites-moi qu’une aide, n’importe laquelle, va lui être donnée, va nous être donnée.

Je suis en désordre dans chacun de mes recoins, je pleure et je ne sais plus rien de la personne que je suis censée être. Avoir perdu l’accès à l’écriture me désoriente profondément, dans ce carnage émotionnel. Il me faudra bien pourtant, m’occuper de tout ce que j’ai mal dans la poitrine. Un jour.

Mon mari m’a teint les cheveux. Il a appliqué le henné sur mes cheveux douloureux, chaque application me faisait sursauter de douleur. Depuis j’ai une sorte de migraine, j’ai l’intérieur de la tête tissé de toiles et chaque fil tire une sonnette d’alarme. Dans le miroir, une révolution. Je retrouve une épaisseur dans ma chevelure que j’avais perdue avec la fatigue, je ne me connaissais plus qu’avec les cheveux plats et ternes. Je me sens revivre depuis un drôle de brouillard, c’était la meilleure des choses à faire pour remonter la pente et étouffer la vieille dame qui apparaissait beaucoup trop dans mon existence – et je ne parle pas des cheveux blancs, que je trouve beaux. Un frémissement me prend, un sursaut de vie. Sans doute. C’était la meilleure des idées, quatre euros cinquante pour remonter la pente. Je n’ai pas acheté mon livre, j’ai fait tellement plus important avec cet argent : j’ai retrouvé un équilibre dans le miroir.

Les cheveux plastifiés par un film alimentaire pour maintenir le henné en dessous, Prince m’a expliqué je ne sais plus quelle théorie sur je ne sais plus quoi non plus, les yeux dans les yeux : il n’a jamais vu le film sur ma tête ni sa mère transformée en masse gélatineuse. Quatre heures plus tard, il est rentré en courant, il faisait du vélo et il s’est arrêté, a foncé dans la cuisine et m’a demandé tes cheveux, ils sont plus foncés, non ? Ils auraient dû tirer sur le grenat, mais les deux heures de pause imprévues ont gâché un peu l’effet. Et je suis bien, ainsi.
 

La minette a de belles rondeurs qui donnent parfois quelques petits coups lorsque nous plaçons une main sur son ventre. Il y a deux semaines nous disions à sa propriétaire qu’elle attendait des petits et elle semblait un peu perdue, confuse, Vous pensez ? Ma mère m’a dit la même chose elle était bien la dernière à être au courant, elle se disait que non. Avant hier, décidément éloignée d’une réalité qui l’encombre, elle a glissé quelques mots qui nous ont fait sourire, un sourire un peu inquiet : ce n’est pas pour tout de suite, elle ne cherche pas dans la maison d’endroit pour accoucher, nous nous sommes abstenus de répondre que chez nous, elle cherchait activement (elle souhaite tellement que cette fois cela se produise chez elle, nous avons promis de la contacter si cela arrivait). Mignonette se glisse entre les vêtements, les draps, les boites à écharpes et autres recoins un peu sombres et douillets. Seule mon armoire à tissus échappe à sa vigilance, je la garde bien fermée. Cette dame chat ferait volontiers de notre maison son havre de paix. Nous ne la nourrissons pas et j’ai la vague impression que c’est la seule chose qui maintient encore un lien avec sa maitresse. C’est un peu triste pour elle, sans doute, je n’ai juste pas assez d’énergie pour compatir vraiment. Nous accueillons désormais à la journée, le second chat de cette Dame, le petit roux que nous avons vu naitre sous la penderie de notre entrée et qu’elle a gardé auprès d’elle. Notre maison a quelque chose en elle qui doit ressembler à un chat, avoir une odeur de chat, parler le chat. Ou alors c’est moi, je dois avoir quelque chose du chat qui fait venir à moi les minous de la planète parce qu’il est vrai que toujours, un chat à fini par vouloir s’installer chez moi.

 
 

2 thoughts on “Les intérieurs abîmés et les intérieurs chats

  1. J’espère du fond du coeur que quelqu’un va vous aider…
    J’ai vécu l’enfant qui se tape, se cogne, hurle. Ce n’était pas mon enfant. Juste un enfant que j’aimais. Et c’était déjà terrible. Alors quand c’est son enfant…

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