Et j’accepte si loin de vous

La douleur a explosé et alors j’ai pleuré sans plus pouvoir respirer, comme à me noyer. Ce qui est remonté n’est pas la perte de l’ami, ce fut le plus étonnant pour moi et pourtant j’aurais pu le voir venir. Ce qui est remonté, c’est la détresse qu’une fois encore, on ne puisse pas m’aimer comme je suis. Qui est encore là, qui accepte mes failles, mes manquements, ma fatigue, la maladie, mes angoisses sans me renvoyer en pleine tête que c’est un problème ? Je ne comprends pas les codes de la société, et il n’y a personne pour me les expliquer.
Et moi j’accepte. J’accepte l’autre sans réserve. Avec ses failles, ses manquements, ses ratages – pas cette fois. De lui j’ai tout accueilli, comme avec tous.
J’ai accepté qu’il ne soit jamais à l’heure, qu’il m’oublie, qu’il dise j’appelle demain et que non parce qu’il est passé à autre chose, qu’il rate mon anniversaire, qu’il ne gère pas le code social des cadeaux ou de noël, qu’il m’emprunte de l’argent en oubliant de me rembourser, qu’il promette quelque chose et ne le fasse pas, qu’il dise venir tel jour et le jour J appelle pour décaler au lendemain, qu’il annule complètement une visite parce qu’il a joué tellement qu’il ne lui reste plus que ces deux jours pour gérer des affaires importantes, qu’il ne vienne pas pour discuter des tensions entre nous. J’ai accepté qu’il passe juste pour dormir plusieurs nuits et jours pour remonter la pente, qu’il appelle pour discuter seulement de lui lorsqu’il en avait besoin – et cela ne me dérangeait pas j’étais simplement écoutée plus tard -, qu’il ne me parle plus pendant deux ans sans savoir pourquoi, qu’il revienne un soir avec un je n’allais pas bien, qu’il se braque dès que je parle d’Asperger, qu’il me pousse dans mes retranchements en lieu et place de simplement m’écouter, qu’il m’agresse sur des jeux sur table – je me suis simplement retirée des jeux.
Parce que voilà merde, je prends les gens comme ils sont et ne cherche pas à les changer. Vous êtes avec des failles terribles et je vous accepte, même lorsque ce n’est pas confortable pour moi, j’adapte mes stratégies pour vous accepter entièrement.
Et moi ? Je me fais agresser. Je me fais renvoyer que je ne suis pas acceptable entièrement. Ma mère m’a acceptée à coups de murs, ma famille a tout fait pour me changer, je ne suis jamais assez bien, je n’ai pas d’amis ou alors de trop loin ou alors à peine, et rarement ceux que je souhaite. C’est à en crever de solitude.
Lui je l’accepte avec tout ce qui le compose parce que je l’aime, parce qu’il est formidable à côté, parce qu’il a des qualités énormissimes et que ses manquements le caractérisent, il est comme il est et ses failles lui appartiennent ; je fais tomber le masque social trop épuisant pour moi et alors voilà que ma fatigue mentale et de maladie ne sont pas acceptables, que mon fonctionnement neuro-atypique n’est pas entendable. Ce sont ses mécanismes de défense, je sais, je comprends, je vois ce qui m’agresse j’en culpabiliserais presque de refuser ça ; ah, est-ce raisonnable de vouloir que ça cesse, vraiment. LeChat m’a même proposé d’accepter la relation comme ça, avec toute une part de moi non acceptée. Je me suis énervée. Je refuse, il a touché au cœur de ce que je suis fondamentalement. J’ai seulement des limites plus éloignées que d’autres, et lorsqu’elles sont atteintes il y a une difficulté grande pour moi à revenir en arrière. Parce qu’elles sont vitales ces limites-là. Je ne peux pas vous laisser jouer avec mes angoisses.
Lui il a été clair, il ne peut rien me promettre. Cela peut se reproduire, c’est ce que j’entends.

Pour beaucoup de personnes j’ai fermé la porte plus tôt, il est le seul à être resté ainsi. Parce que non voilà, on ne peut pas me faire de chantage au suicide je ferme, on ne peut pas me critiquer dans mon dos je ferme, on ne peut pas être condescendant ou méprisant avec moi je ferme, on ne peut pas me mentir je ferme, on ne peut pas menacer mes enfants ou mal parler d’eux je ferme, on ne peut pas me crier dessus je ferme, on ne peut pas m’agresser je ferme.
Il ne me semble pas être si exigeante.
Cela suffit pourtant, à faire le vide.

Alors c’est vide en moi.
Et là tout de suite, j’en crève gentiment.


Difficile
De se fuir,
L’un et l’autre,

Vu d’ici,
Les élans, sont bel et bien à l’eau,

C’était si bien,
C’était si bien avant,

Je n’ai plus l’âge,
Du bon vieux temps

Vous ici
Tu me colles
A la peau
Je profite de ta présence
Je verse mes derniers mots

C’était si bien



C’était si bien avant
Je n’ai plus l’âge
Du bon vieux temps

Mais est ce que tu m’aimeras pour autre chose
Mais est ce que tu m’aimeras pour autre chose

C’est ainsi
C’est bizarre
C’est ballot

Vu d’ici
Les élans, sont bel et bien à l’eau

C’était si bien,
C’était si bien avant,

Je n’ai plus l’âge,
Du bon vieux temps

Mais est ce que tu m’aimeras pour autre chose
Mais est ce que tu m’aimeras pour autre chose

C’est ballot

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Ce matin j’ai croisé une vieille dame.
J’avais oublié mes sacs en tissu, j’ai posé mon argent sur le comptoir sans m’en préoccuper et je l’ai perdu puis retrouvé, j’ai donné trop d’argent à la caissière, je ne suis pas présente. Je suis pleinement dans mon incapacité sociale, je relis mes amitiés, j’ai mal à ce que je suis et je fais n’importe quoi.

Et alors j’avais quatre carottes et un sac en plastique non désiré entre les mains , et la dame ridée de sagesse m’a gentiment lancé on ne peut pas être parfait tout le temps, les défauts servent à ça. Voilà. Elle ne pouvait savoir comme elle tapait juste. Seulement je me suis demandé si elle me le disait à moi, que je n’ai pas à être parfaite. Où à ma situation, que lui n’a pas à être parfait – parce qu’il me semble, cela, je le sais.

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4 thoughts on “Et j’accepte si loin de vous

  1. Je crois qu’à s’affirmer dans ce que l’on ne veut plus entendre, vivre, subir, encaisser, on fait petit à petit le vide autour de soi. D’une part parce que je crois que l’on s’accepte de plus en plus, et que donc on s’aime de plus en plus, et que du coup il y a de moins en moins de vide à combler en nous. Le temps à soi devient précieux et riche. Alors on n’a plus envie de garder autour de soi que les êtres avec lesquels la relation est vivante, enrichissante, surprenante et nous rend heureux. Ceux qui ne rentrent pas dans ces critères finissent par nous peser. Et je crois que cette évolution est profondément saine. Je t’embrasse fort Dame.

  2. Quine a raison.
    Vient un temps où notre changement intérieur fait disparaitre de notre vie les personnes qui ne s’y retrouvent plus. Cela se fait parfois dans la douleur et c’est là que c’est compliqué. On ne comprend pas pourquoi, soudain, c’est fini.
    Courage. On sent que ta peine est grande

    1. Merci, tout cela est très juste (et bien difficile à voir/accepter sans distance). J’apprends. Je remonte, aussi, mes souvenirs, ce que ça active en moi, les schémas mis en place, moi.
      Des bises

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