L’humeur couleur nuage

La conscience soudaine d’exister.
Réapprendre à sourire, l’humeur couleur nuage.
L’air s’infiltre difficilement, je me réveille peut-être pour cela, cet oxygène manquant, cette agitation de la poitrine ; je me place plus en hauteur, il fait nuit, ou il fait jour, j’ajuste pour mieux respirer et ne me rendors pas.
Il est 6h. Ou 9h. Parfois les deux, il est 6h et 9h et je ne fais plus de différence, terminé les rêves. Par la fenêtre s’argente les volets, je ne me réjouis plus.
Je me lève parce que c’est attendu, je me lève je n’ai pas assez dormi, je me lève les pensées en larmes, je me lève je les traine, je me lève je tombe. Je me lève et voudrais rester allongée la journée entière, déposer ces pensées qui me font mal. Je me suis endormie avec, réveillée avec, ce désespoir de ne pas savoir être comme il serait attendu, cette impossibilité surtout, cette impossibilité.. je ne suis que moi et je m’aime comme je suis. Certains diraient que c’est le principal et je ne peux pas en nier l’importance. Seulement, cela ne suffit pas, cela ne suffit jamais.
J’ai mal à celle que je suis ou ne suis pas.
Je me perds tellement, parfois je voudrais supprimer tout mon accès au net. J’y viendrai sans doute, un jour. Oui.
Dans mon cœur s’entrechoque des battements en souffrance, telle la toxique voix maternelle aiguillée d’un reproche, de toute façon toi tu n’y arriveras jamais, je me noie d’impuissance. Frôlant dangereusement les souvenirs, sursautent les gifles, corrections, fessées robe relevée, martinet sur les cuisses, coup de pied la ceinture les cheveux bras arraché et dos rougi à genoux ventre au sol, écrasée, enfance pliée.
Alors je me plie encore parfois certains soirs de grand vent, je ne comprends pas les autres, je n’ai pas les éléments, je me perds et il y a cette douleur au bout des pieds.

Et là je viens de me voir écrire et je me dis.. la douleur, les pieds, elle me casse les pieds, j’en souffre et j’ai peut-être l’origine de ce qui me blesse.. j’ai un peu envie de dire qu’il me faudrait creuser la chose, mais des escarres s’en occupent déjà aux talons. Je vais devoir lui parler.. alors. Et selon sa réponse, je quitterai l’ailleurs. Définitivement.

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