Que fais-tu des sourires

Près de la fenêtre je regarde la nuit et j’écoute le froid.
Ici, il fait du bruit.

Jean-Paul Dubois,
Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon



Le petit-tout-petit dernier de la maisonnée familiale ayant posé-déposé-caché-égaré deux avions particulièrement importants pour lui, nous avons retourné la maison, les recoins, les coins-ronds, les boites, les sous-tout-et-n’importe-quoi sans jamais remettre la main sur les deux objets volants. J’ai finalement été mandatée pour aller vérifier les cartons de vêtements donnés à l’association frip, sans davantage de succès – dès fois qu’il les aurait cachés dedans pour rire. Ses deux ans ne savent pas dire où ils pourraient être, juste expliquer avec désespoir « maison papé mamé ! », il en est sûr, ils sont là, ils l’attendent.
A la friperie aux avions absents, j’ai par contre déniché des vêtements superbes et hétéroclites, un bracelet de cordes et de pierres, un collier avec des grelots et des feuilles.. je me sens nouvelle, un peu. Je suis soulagée de ces trouvailles, soulagée de faire sortir d’autres vêtements que je n’aime pas voire plus, aussi. De prendre soin de moi.
Je m’égare parfois, à l’intérieur. Trop de bruits et personne pour écouter. Je ne vais pas dire en anglais comme l’humain est diablement seul, je ne vais pas le dire à M. que je surprends sans doute déjà trop souvent et qui l’est plus que moi – et puis es-tu une bonne idée, je ne sais plus ce que je dois penser de tes silences soudains et de tes retours et puis alors cette situation folle.. – je ne vais plus le dire là-bas parce que je m’y sens essentiellement exposée sous des yeux peu amènes – jamais je ne trouve de place, alors – je le dis parfois sur mon carnet papier jusqu’à plus d’encre – et alors en solitaire de moi à moi – je ne le dis plus à l’une ou l’autre non plus, je ne sais pas comment toucher les gens. Je n’y arrivais pas davantage depuis les réseaux, ils n’étaient qu’un miroir de solitudes et cela faisait mal trop souvent. Alors oui j’ai besoin de prendre soin de moi, d’aimer ce que je crée, de liberté et d’un lieu où me déposer, besoin de m’habiller des couleurs de mes émotions. Une futilité pleine d’utilité.
Mercredi je m’évade avec les enfants, disperser cette humeur triste à travers le vitrage des trains. LeChat me rejoindra samedi, même si pour la maison d’ici il partira vendredi.. une autre vie se dessinera pour des heures et une nuit. D’une certaine manière, il réussit mieux que moi sa sociabilité – il rirait de me lire, cet homme.
Qu’est-ce que je pourrais bien dire de nos solitudes, lors que les rencontres sont empêchées, les conversations impossibilisées ? Comment s’exprimer d’un cœur à l’autre si on ne peut le voir mis à nu ? Nos vies sont des parenthèses pour les années à venir, je le crains et le crois.
Mais vous faites comment pour lier vos mots aux sourires d’inconnus ?
On ne les voit plus les sourires, nous les devinons aux plissements des yeux et il ne restera bientôt plus que cela, des yeux et des pattes d’oies pour se dire l’essentiel.

Humm..se dit la fauvette à tête noire
.. si délicieux !

2 thoughts on “Que fais-tu des sourires

  1. Un petit mot au passage pour t’envoyer quelques pensées douces et amicales. Je te souhaite une bonne évasion, des réserves d’oxygène pour tenir ensuite.

    1. Merci de ton passage, de tes mots, heureuse de te revoir Dame Chats 🙂 Comment vas-tu ? Je t’ai vue revenir un peu sur le tien, de blog (il faut croire que l’on y revient toujours ^^)

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