Un peu de nuit les yeux ouverts

Elle manque. Au creux de l’insomnie encore raisonnable – 2h21 – j’en crève, et d’accord ce n’est plus possible je regarde droit dedans. Le cœur déchiré en mille, je ne ramasse plus je prends comme c’est, tout déchiqueté et trempé de larmes que je ne retiens plus. Il ne serait pas à dormir juste à mes côtés, je hurlerais. Je laisse sortir l’eau rouge et toute la détresse d’être.
Je suis orpheline.
C’est arrivé dans le noir, la prise de conscience que oh, ça suffit maintenant.

Un homme refuse d’être père, j’ai perdu. Toute une fratrie m’est inconnue à jamais, j’ai encore de la difficulté à l’accepter, l’ouvrage est sur la table, j’y travaille de tous les doigts – mais le cœur non, le cœur y est encore. Je ne peux pas tout lâcher en même temps si ? Peut-être, si, je peux. Arracher tout le pansement d’un seul coup et ne plus y revenir. Je ne sais pas le plus difficile, tu vois, dire adieu au père ? Au frère ? À la sœur ? C’est comment avoir un frère à serrer dans ses bras ? C’est comment la vie à se soutenir à plein ? L’instant de dire adieu c’est là alors ? Ici, gris clair sur gris foncé ?
Philippe, David, Agnès, d’autres peut-être que je ne sais. Père frère sœur.
Je ne suis pas certaine, de rien. Même plus des prénoms, tu vois.
Elle a menti sur tellement, est-ce que les prénoms aussi ?
Je n’ai personne, elle est là la vérité.

D. m’a mise au monde pour elle. M’a offerte à sa mère. M’a reprise pour mieux lui appartenir. M’a cogné dans des murs pour mieux rentrer le message. Sa petite chose.
E. m’a dit, tu es comme la fille que je n’ai pas eue. Et elle est comme ma mère. Je l’aime tellement tellement tellement.
Et c’est un mensonge, tu le sais ce mensonge, il déchire en deux chaque fois que la différence te saute à la gorge. Me, me saute à la gorge. Elle ne me répond pas toujours. Elle a son fils, ses petits-enfants, elle traverse la France et des semaines entières, elle va les voir entre les menaces d’un virus l’autre, jamais ne vient chez moi, pour moi. Je lui ai parlé de venir chez elle et elle m’a dit non, distanciation. Toute la simplicité tient sur ces mots, ces évidences. Elle n’est pas ma mère je ne suis pas sa fille, la blessure est géante et il est temps vraiment, de l’attraper entre les doigts et la bercer.

Je souffre. Juste moins fort que cette nuit, j’entoure.
Je prends soin. De moi, de toute cette souffrance parce que pas de maman tu fais comment, pas d’amour tu fais comment ? Tu fais voilà, le secret c’est que tu fais.
Toute à la douleur de grandir. Toute à la douleur de cette solitude.
Une petite fille à prendre par la main.
Je l’accepte, un cadeau que je me fais.

prunus