Cendrillon voulait mourir mille fois par jour

On ne le dira jamais assez, Cendrillon n’était pas une gentille fille qui baissait la tête et aimait sa tortionnaire inconditionnellement. Elle voulait juste mourir. Elle s’est mariée à un mec sans mère pour se tirer de là, c’est ça qui l’a sauvée. Qu’il soit orphelin.


Je ramasse quelques mots pour ne pas les perdre, je les ai attrapé des profondeurs. Je veux dire, ils étaient loin. Loin. Je les pose pour ne pas oublier comme je peux revenir de ce loin-là, qu’il est possible d’en échapper. Enfin je dis cela sans certitude de ne pas être encore proche du bord. Lorsqu’on s’est répété la mort à chaque minute jour après jour, sans doute, on est toujours au bord. J’ai appelé ma grand-mère avec cette mort en moi, elle n’a pas entendu. Sa surdité est une chance, maintenant, je peux vouloir mourir dans son silence elle ne se doute de rien.
J’ai beaucoup trop de boites de médicaments dans un si petit espace et une aussi grande belle-mère. Elle me tue doucement. Avec toutes ces putains de remarques, avec beaucoup de ces méchancetés, avec ces gentillesses aussi. Lorsqu’elle va trop loin elle devient toute douce, ensuite, elle m’apporte une tisane dans ma chambre, elle sourit, elle parle comme si nous étions de grandes amies.
Je vais en mourir, de toute cette hypocrisie, de ce lien terrifiant d’elle à moi.
Est-ce que tout le monde a une belle-mère et déteste ça, est-ce qu’elle vous dit « va donc étendre ton linge sous la pluie », ou « je ne t’aurais pas choisie pour belle-fille mais bon » le jour où vous lui annoncez votre mariage ? Je veux dire, j’ai cette belle-mère-là. Elle me reprend mille fois par jour, je ne parle pas comme il faut, « on ne dit pas « M. j’ai besoin de toi » mais « j’ai besoin d’aide » « , elle cherche à contrôler jusqu’aux mots que j’utilise.

Je garde tellement en moi, la douleur m’a explosé le cerveau et la moindre articulation, je n’ai pas pu m’asseoir ces trois derniers jours, j’ai pleuré à vouloir mourir pour que cela cesse, j’ai arrêté de marcher et il a dû me porter, j’ai complètement craqué.

Et puis ce matin. Ils sont partis.
Je suis libre jusqu’à mardi. J’ai retrouvé de la codéine, étrangement (ou pas) la douleur s’est envolée et elle est maintenant présente dans des proportions fort raisonnables. Je revis et je peux m’entendre de nouveau penser.

Vivante, quatre jours.

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. Musique : Catnapp – No cover
. Youtube : Hannah Gadsby on getting diagnosed with autism

fleur mouche

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