Je ne sais plus ce que je deviens

Je tiens un journal de (tous les) bords dont je rate régulièrement les jours. J’oublie de noter les importances faute de temps, je finis par écrire des futilités cernées de quelques phrases clés, le carnet n’a pas de fin, aucune, il ne finira jamais. Du coup. Je suis toujours sur le premier, greffé d’un numéro deux qui devait être un carnet de plantes et où j’ai dessiné la médiathèque, un bateau, la mer. Alors, j’ai deux carnets en cours pour la même chose, ne-pas-raconter-le-quotidien sinon un jour sur cinq, et cela n’a aucun sens. Je n’aime pas les fins de carnet, je le voudrais déjà terminé. Ouvrir l’autre, le suivant, me retrouver nue sous les nouvelles pages. Je crois, je vais lui coller des choses dans tous les sens et faire comme s’ils s’enchainaient sur la (future) étagère.

Je suis entièrement intouchable.

J’ai constaté tout à coup, je n’ai plus une vie improbable. Je veux dire, à quel moment je suis soudainement devenue sérieuse dans ma journée ; aucune jupe qui s’envole parce que trop de chaleur – sous des yeux ébahis, d’accord, ce n’est pas forcément à refaire – plus de lumières aux murs, je ne teinte plus de clochettes, je ne lis plus en marchant dans les rues, mes boucles d’oreilles dépareillées ou semblables sont dans un tiroir, je ne vis plus n’importe comment, je ne m’échappe plus à l’arrache, je n’ai plus d’affolements de retrouvailles, je ne photographie plus de détails, je ne lis plus trois livres par jour – pas même un seul en vérité -, je ne porte plus de vêtements de toutes les couleurs – parce que sinon elles disparaissent -, je ne suis plus que rarement ailleurs, je ne découvre plus de coin de mûres, je n’ai plus de solitude en tête à tête avec mon carnet, j’ai égaré ma jolie écriture, la couture s’est fait la malle, je ne perds plus trois heures dans une librairie, je n’accroche plus de vent à mes cheveux, je n’ai plus de tasses rien qu’à moi.. il n’y a plus de ces mille petites choses qui te rajoutent à minima vingt-quatre heures de vie à la fin.
Alors ça fait ça, respirer-vivre dans un non-chez-soi ? Dans une maison belle-famillée ?
Parce que je me suis un peu faite disparaitre non ? Je suis une pause, je suis une dépression assommée de pilules, je ne respire pas correctement,  je pleure toujours trop, je rêve que je me noie, j’ai le cœur qui dégringole à chaque pas, je ne suis pas là, je ne suis pas ailleurs non plus, j’ai perdu beaucoup des personnes dans ma tête, j’ai fermé la porte à R., je n’écris pas vraiment sur Insta, je n’écris plus du tout ici, je n’ai pas de nid, j’ai égaré les trois-quart de la confiance, j’ai remis droit ma place dans le monde et décalé tous les autres, je peints des bouts de maison, la mienne n’a pas de toit ni de fenêtres, j’ai créé un jardin par hasard alors il est trop petit, je ne bois plus de thé.
Je ne vous conseille pas. La belle-famille.
Et il va me falloir des graines. Genre, vraiment.
Si tu as des graines de tout-ce-que-tu-veux.. ? C’est pour m’aider à vivre, merci.

2 thoughts on “Je ne sais plus ce que je deviens

  1. Je te lis, j’aimerais être un peu plus près, déposer quelque chose qui ferait l’effet d’un châle derrière ta porte… Tes mots sont bien vivants et m’ont drôlement serré le coeur. N’hésite pas à me solliciter pour quoi que ce soit, on est si impuissant de l’autre côté de l’écran. En tout cas je t’envoie mille pensées.

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