C’est l’histoire d’un chat implaçable. Ou pas

C’est l’histoire d’un chat. Pas de celui-là (cf sur insta)
C’est un chat dont la litière n’est pas changée, qui doit être nourri quand sa maîtresse y pense, est capable, tient debout. Parce qu’elle tombe, s’ouvre la tête, saigne, en met partout, ne nettoie pas, ne se soigne pas. Ça sèche comme ça, rouge foncé sur sa peau maigre. Elle ne mange pas, ou très peu, ou à peine, disons un yaourt. Le yaourt, depuis.. depuis.. depuis toute sa vie, le yaourt. Et puis un BN, depuis toute sa vie aussi. Le chat mange mieux qu’elle.
Elle ne se lave pas. Une aide-soignante vient une fois par semaine faire sa toilette mais pas intime, elle refuse, mais pas entièrement elle refuse. Un peu le bras, aujourd’hui. La semaine prochaine, ça sera l’autre bras. La suivante.. on verra.

Le médecin lui a demandé,
_ vous fumez ? A peine.
_ Vous buvez de l’alcool ? Non
_ Vous mangez correctement ? Oui, très bien !

Elle fume, 2 à 3 paquets par jour.
Elle boit des apéros, à 10h, à midi, à 16h, entre les repas, avec le yaourt du soir.
Elle ne mange pratiquement plus depuis une vingtaine d’années. Sa fille lui  a apporté à manger, et puis ses parents l’ont nourrie, et puis il n’y a plus eu personne, le papa est mort et la maman a été placée. Alors elle mange son BN, son yaourt, son apéro et sa cigarette depuis presque deux ans. Ca maintient en vie, à défaut de nourrir vraiment.

Elle tombe, elle marche mal, et puis elle parle aussi mais elle est rarement compréhensible sauf pour les insultes et les méchancetés, ce sont des mots sans effort, des mots indépendants de l’articulation qui se déversent facilement. Elle a dû avaler le dictionnaire des horreurs, c’est pour ça qu’elle est encore en vie. Ça te remplit un estomac direct.

Dans l’appartement, elle empile les rallonges les unes aux autres dans tous les sens, il y a tellement de fils mêlés aux moutons que le dépanneur internet chaque fois prend une heure de son temps pour mettre de l’ordre. Il l’a connait bien. Elle finit toujours par le faire entrer bien qu’elle ait oublié le rendez-vous qu’elle a elle-même pris parce qu’internet ne passe plus. Il faut dire, à force de débrancher.. ça fonctionne nettement moins bien. Le réparateur il dit « je la connais bien maintenant, elle n’est pas facile.. et puis avec tout ça j’ai vraiment pas confiance ». Si un jour il y a un incendie, il ne sera pas surpris.

Elle débranche le téléphone et elle dit que c’est la faute de la femme de ménage, celle qui vient une heure par semaine mais qu’elle envoie faire des courses pour qu’elle ne touche surtout à rien. La saleté reste collée aux poils de chat, celui qui aurait bien besoin d’une litière propre. Les poils sont partout et peut-être, c’est ce qu’il y a de plus propre dans la maison.

Sa sœur a forcé (le cabinet et la femme au chat) pour obtenir un rendez-vous chez son médecin, enfin le remplaçant, ce sont les vacances, juste pour lui obtenir une infirmière qui lui prépare son pilulier, parce qu’elle a tellement de petites choses différentes à avaler.. elle fait n’importe quoi, elle mélange, elle prend trop ou pas assez ou pas au bon repas. Quelqu’un va venir, une fois par semaine. Il n’y aura personne pour vérifier ce qu’elle en fait de ce pilulier mais enfin déjà, c’est une avancée.

Et puis la sœur elle s’est dit que ce n’était plus possible, elle y a passé la journée, surtout qu’en période de vacances.. enfin elle a réussi à avoir une assistance sociale (pas du secteur, non, plus personne là madame.. à 1h30 de là parce que c’est de là que tout part, de la ville-préfecture). Et cette personne va venir la voir mercredi, ce que la femme au chat aura oublié le jour dit. En attendant elle doit chercher des papiers, beaucoup de papiers.. la femme au chat elle s’est affolée, elle va trouver ça comment dans .. dans.. ce et bien ce foutoir, disons le ? Il y a fort à parier qu’elle n’aura pas grand chose à lui présenter à cette personne. Enfin, à part l’état de délabrement de l’appartement, de la femme au chat, et du chat.

Sa sœur lui a proposé de partir dans une institution, elle n’a pas dit vraiment non, juste « et mon chat ? » Alors elle reste chez elle. Et puis de toute façon, elle ne pourrait pas payer.

Ce chat, il a un médicament à prendre tous les matins pour un problème de rein. Qui en voudra ?
Et cette femme de 70 ans qui en fait 100, on en fait quoi ? Ses sœurs n’en peuvent plus, déjà usées par la maman en ehpad, l’enterrement du papa, et leur âge.
Vous me direz, elle avait pas une fille cette femme à un moment de l’histoire ? Une fille qu’elle a certes battu, maltraité, envoyé dans des murs et chez un pédophile volontairement, mais bon, il y a besoin là non ? Une certaine urgence. On fait quoi maintenant ?

La fille c’est moi.
Et je ne peux pas, pas sans y rester cette fois.

2 thoughts on “C’est l’histoire d’un chat implaçable. Ou pas

  1. Ton post me fait un drôle d’effet, je suis à la fois subjuguée par l’écriture qui ressemble au début d’un roman qu’on ne voudrait pas lâcher, et en même temps très triste pour toi… j’espère que tu as du soutien et de l’espoir. Des pensées et beaucoup de compassion pour toi

    1. Merci de tes mots, je mets du temps à revenir ici.. j’ai du soutien, j’ai plus de chance sur ce plan que beaucoup d’autres. Ça suit son cours, je n’ai pas plus de nouvelles pour l’instant.
      Beaucoup de pensées pour toi aussi <3

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *