Il existe un instant où l’on peut regarder droit dans le soleil

J’ai vécu un été formidable, les pieds dans les appartements des autres – absents. J’y ai appris comme je vais bien, sous le désespoir d’être ici. Si je soulève l’angoisse, la dépression, les larmes et toute la vie qui s’échappe, je suis entière. Différente, sauvage – c’est LeChat qui le dit – libre, pleine de joie ; sereine. Il est tant impossible de vivre aux côtés d’une personne qui se trouve toxique pour soi. Juste pour soi. Enfin c’est faux, toxique pour les enfants également. Hibou a pleuré plusieurs soirs à l’idée de revenir ici, son désespoir m’a pliée en deux.



Je crois, j’ai espéré l’avoir oublié mais non, on ne passe pas une porte sans reprendre les bagages qui y sont liés. En revenant de ces longues vacances j’ai tout repris en pleine tête, les lingettes, les couleurs envolées, les larmes et les remarques. Pourtant désormais, elle effleure ce qui m’entoure et fait en sorte d’être aimable et souriante. Si elle est fatiguée par contre.. ça recommence. A sa première fatigue-agressive, je me suis effondrée.
Il est difficile de se sentir replonger après deux mois à vivre vraiment. J’essaye de me maintenir en m’occupant de notre jardin : y poussent quelques saladesdévorées par les limaces – de la coriandre, du cumin, des bulbes de tulipes, des courges et des potirons. Les haricots, arrosés par LeChat sans aucune considération autre que celle de l’eau dégoulinant jusqu’aux racines, ont profité de mon absence pour sortir, pousser, grossir, atteindre le stade du ramassage sans l’être, durcir. Je me retrouve avec des haricots blanchis, séchant sur pieds. Parfois j’en cueille un (afin d’en conserver les graines) dépourvu de punaises : je les trouve magnifiques, avec leurs légers dessins blancs et bordeaux. Je suis touchée par leur présence, leur vie.. il me faudrait les bousculer et je trouve cela impossible, à la limité de l’indécence. Alors j’attends qu’elles partent plus loin.
La sensation que je suis mal partie pour avoir des légumes ou même un jardin fleuri – parce que oui, évidemment, je n’arrache pas les plantes mortes et recroquevillées, des punaises d’une autre sorte y dorment. D’une certaine manière, je ne me sens pas légitime à détruire leur habitat – y voir un lien de causalité avec ma propre situation ne serait pas hors de propos.

Je m’occupe, disais-je. Mon correspondant argentin-parlant-anglais s’est de nouveau manifesté et j’en suis ravie. La difficulté de la langue semble beaucoup le retenir.. je le regrette.

Et puis j’ai repris le crochet, très doucement, un rang par-ci par-là. J’ai sentis les muscles tirer, ils n’appréciaient pas du tout. J’ai si peur de me blesser de nouveau que j’entends chaque gémissement pour ce qu’il est, je dois prendre soin. Je mouvemente un papillon bleu – plus gros que je ne le pensais – et puis j’apprends à créer des demi-carrés (granny square), c’est à dire un triangle mais tout de suite cela me parle moins.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *