Un grain de

Mes beaux-parents sont partis près de quinze jours et pendant tout ce temps je suis remontée. L’impression un peu d’avoir grimpé à une corde lisse, de m’être abimée les mains, d’avoir arraché ma vie d’un amas trop sombre mais.. d’y être arrivée. You know. Je ne sais pas combien de temps je vais rester là à aimer ce qui m’entoure, je ne sais pas et ça me fait un peu peur. Je regrette un peu d’avoir dit non au Salon créatif pour de bêtes histoires financières – l’argent, le nerf de la guerre – parce que peut-être, ce serait un bon soutien psychique. Sûrement. Évidemment. Mais à choisir entre une sortie assez chère et seulement pour moi, et un véritable noël pour les enfants..



Les jeudi je m’absente, je trie et range dans un local étroit d’une association, des tas et des tas et des tas de vêtements et parfois même, je trouve un petit trésor pour moi. Pour la première fois depuis plusieurs années je peux renouveler ma garde-robe, évacuer ce que je déteste, et me trouver jolie. Je me maquille légèrement, je me coiffe différemment.. j’essaye de me plaire, ce qui est un long travail depuis que je me suis un peu arrondie.

Dans chaque tissu que je tiens entre les doigts, se dessinent les corps du village. Dans les sacs, je vide l’usé, l’élimé, le troué, j’attrape le beau comme le pire de l’humanité. J’écoute. Les accidents, les efforts, les lassitudes. J’imagine ces vies fatiguées trop vite imprimées dans les taches et les déchirures, et alors je donne au recyclage, sans doute, des cancers, des morts, des amours renouvelées, des recettes joyeuses, des épuisements et beaucoup de sueur, des cailloux dans des chaussures, de la lavande cache-misère enroulée dans les manches. Il m’arrive de passer à travers des mailles, je traverse, j’effleure des vies passées, la légèreté de certains êtres est frappant.
Je garde l’impeccable, ce qui finalement, sera le plus silencieux, le plus discret. Qui ne dira pas les secrets qu’ils lui auront confiés, ou à peine, un trait esquissé comme un trésor précieux.
Je me sens un peu comme Ophélie tu sais, il me faudrait mes gants de liseuse mais ils sont trop serrés et me blessent vite. Je ne peux pas les renouveler, ayant perdu mon 100%, la faute au médecin qui ne s’en est pas préoccupé. Il a lancé une demande en la jetant par-dessus son épaule, comme ça, deux lignes écrites si rapidement j’ai eu la sensation de ne pas exister. J’attends la réponse, certainement négative, certainement traitée elle aussi par-dessus une épaule ayant d’autres chats à fouetter. Je risque de perdre mon oxygène. C’est toute ma vie qui risque de disparaître dans cet oubli et ce je-m’en-foutisme. J’ai un peu peur. Je reste optimiste. La vie est si fragile..

Alors.
Je reprends un peu les mots et la musique, je crochète mon premier pull, la douleur m’épuise, je jardine, je marche, je cuisine indien ou arabe, je fais grève et on mange des pâtes, je dors de nouveau bien, je ne prends plus de mélatonine, j’ai toujours l’antidépresseur, je rêve d’un chat contre moi, des lettres me parviennent, j’y réponds dans les temps, la douleur me réveille, je me maquille légèrement, je me plais, j’oublie de lire des romans, j’apprends les plantes le compost le bouturage, je soigne une poule promise à la mort, elle se remet mais ses ailes trainent, la maison progresse vers notre entrée, l’eau chaude fin-décembre ou peut-être janvier.
Je n’ai toujours aucune idée pour vivre au mieux, en dehors de l’absurde monde, de la folie meurtrière, je sais simplement qu’il n’est pas possible d’accepter ni de baisser les bras. Je sais que la colère n’a pas de sens, qu’il n’y a que peu d’importance à ce qui nous traversent. Nous ne sommes pas même un grain de poussière dans l’Univers, alors..
Alors il reste le sourire, l’apaisement, les arbres, le vivant.

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