Grisaille Novembrée

Je ne pose plus la mémoire, c’est un peu triste · ça ne tue pas. Je ne suis pas tuée. Une vie d’après, un peu. D’ensuite. Tous les Moi se réunissent, peut-être, mais sans mots – et c’est ce silence qui est triste. J’ai marché sur une frontière, je ne prends plus la mesure de · la dame-au-chat-sans-son-chat, la mort à venir, le noël avec ou sans un une ou autre, l’hiver à la porte – les matins blanchissent par ici – je ne sais plus ce qui pourrait être important.
J’ai entendu il y a quelque temps, une personne disait « vivre sans drame ». Je voudrais ajouter, « sans interpréter ».
Je suis là. Sur cette ligne-là.

Ma maison devient, elle a sur le dos un premier manteau. L’isolant numéro un est posé sur deux côtés, le second isolant a suivi de proche et demain, le bois, demain le bois joli définitif apparent. Deux faces protégées, le plus froid et le soleil couchant. La sensation de la voir s’asseoir, se poser. Elle est comme attentive aux nouvelles sensations, je la sens à l’écoute d’elle-même, c’est frappant. Je dis elle mais je ne sais pas, je n’ai pas demandé, c’est peut-être il ou neutre, elle ne m’a pas reprise alors peut-être, peu lui importe ? C’est la troisième fois que je parle à une maison, ça m’intimide toujours autant, cette présence. Davantage parce que celle-ci, je vais y vivre, cela change tout n’est-ce pas ? La maison m’intimide. Je lui ai monté ses cloisons et pourtant je suis toujours autant étonnée de la voir exister. Souvent j’entre sur le pas de la porte et j’attends, je regarde, j’écoute. Je la ressens.


Sais-tu toi, qui tu es. Dans ce monde-ci, peut-on le savoir, le comprendre, l’accepter, y a-t-il une place pour ce type de question, peut-on encore l’écrire. La sortie de la noirceur en soi peut-elle accéder à la moindre lumière une fois confrontée à la noirceur du monde ? A quoi me sert la remontée sur une planète asphyxiée et mourante ? Mon beau-père, pourtant très sensibilisé au dérèglement climatique et ses conséquences dramatiques sur le règne animal comme végétal, m’expliquait il y a deux soirs de cela, qu’il fallait tuer les étourneaux sansonnets trop nombreux depuis qu’ils ne migrent plus – il fait chaud pour eux, ils ne partent plus – parce que.. ce n’est pas beau toutes ces crottes d’oiseaux. Qu’est-ce que la vie contre l’esthétisme humain, .. j’aurais voulu partir crier, rien n’est sorti, je n’ai pas bougé. Comme tétanisée.
Nous sommes la mort, nous déambulons sur la planète pour distribuer la mort.
Aucune fierté à en retirer.
Je l’entends tous les matins, la mort tient un fusil dans la forêt proche de chez moi.
Ici les chasseurs un peu chaque jour tirent sur tout ce qui bouge – toujours pas de perte humaine.
Ou enfin, pas depuis trois ans.
J’attends.

Pour réconcilier le monde avec lui-même, il faut beaucoup s’en moquer

Jacques Dubois

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